Cinq Valentins

Je sais depuis longtemps que je ne suis pas monogame.

Sexuellement, ça a toujours été une évidence. Je n’ai pas envie des mêmes choses avec les mêmes personnes. Et inversement. Le rapport de force physique à dans une relation sexuelle m’est inconcevable avec mes partenaires amoureux. Pour autant, je peux l’apprécier dans le cadre une relation purement sexuelle. Ce sont deux contextes de confiance et de respect très différents, dans mon esprit au moins. A contexte différents, relations différentes et partenaires différents.

La monogamie sociale et sentimentale, en revanche, j’y ai longtemps tenu. Au point d’en être affreusement malheureu·x·se. Avoir des sentiments pour deux personnes en même temps était une torture, tant j’étais persuadé de devoir choisir. C’est un peu comme si on vous demandait de choisir entre votre ventricule gauche et votre ventricule droit, quand le coeur ne fonctionne pas sans l’un ou l’autre. Et quel bordel si on ajoute les oreillettes, la valvule tricuspide et toutes les parties du coeur qui ont un nom. Du coup, j’en suis longtemps resté à  « la fidélité sexuelle à géométrie variable, tant qu’on est raccord avec son partenaire, ok, mais les sentiments… Mouarf. »

Et puis je suis devenu militant·e LGBTQI. J’ai lu, j’ai observé les un·e·s et les autres, j’ai écouté les expériences de vie, je les ai interrogées sans jamais les juger. Et sans même y penser, j’ai ouvert la porte à la possibilité du polyamour dans ma vie. En théorie. Sauf que lorsque j’ai pris congé de la militance active en 2016, j’étais célibataire, endurci par 14 années de relations courtes, à grande majorité sexuelles, et une situation socioprofessionnelle instable de longue durée. Rien de très engageant quoi. Un boulot a pointé son nez. J’ai déménagé. Et puis 2017 est arrivée. Et au détour d’une soirée est arrivé Melville.

Suite à un bref échange sur l’intérêt social et sociologique des établissements de sexe, dans la communauté LGBT, (« Comment ? Les gens vont au sauna pour baiser ? SHOCKING ! ») nous nous sommes retrouvés le lendemain, pour approfondir notre connaissance sociologique des lieux et de ses us et coutumes. Je pensais que ça en resterait là. Sauf que la semaine suivant lorsqu’on s’est recroisés lors de la conviviale hebdomadaire du centre il m’a enlacé tendrement comme si c’était la chose la plus naturelle du monde à faire et m’a posé un bisou tout chaste sur les lèvres. Quelques échanges plus loin pour éclaircir les choses, c’était emballé. Gast. J’avais un boyfriend.

Tous deux versés dans les questions qui traversent nos militances communautaires, nous avons rapidement défriché nos identités de genre personnelles, nos orientations sexuelles, les questions de fidélité sexuelle et… Sociale. Et nous avons découvert que nous étions ouvert au polyamour en théorie, et que manquait à chacun la pratique.

Quelques semaines plus tard, j’officialisais ma deuxième relation, avec Orlando, du coup, et Melville officialisait également la sienne. Nous nous sommes donc retrouvés, de fait, dans un polycule, une molécule dont les atomes sont les polyamoureux reliés entre eux. Ce dit polycule se trouvant être connecté à d’autres polycules via nos autres amours.

Et, alors que je m’attendais à la voir surgir aussi certainement que l’eau gèle à zéro degrés Celsius, l’incertitude habituelle de la monogamie face aux sentiments de l’autre pour un·e tier·s·ce est demeuré absente. Pouf, disparue. J’étais à ma place, serein·e, posé·e et mes amours aussi.

Dans les mois qui ont suivi, en ce qui me concerne, se sont successivement ajouté·e·s Gaston, Mandrake et Naia, portant à 5 le nombre de mes partenaires au moment de l’écriture de ce billet.Je les aime tou.te.s (et oui !) sincèrement et pour autant aucune de mes relation ne se ressemble. Dans certains cas l’amour s’est construit petit à petit après la découverte d’atomes crochus en commun, dans au moins un autre, ça été une espèce de crush instantané, passionné et mutuel.

Certain·e·s de mes partenaires sont trans’ et/ou non-binaires, et n’ont pas des parcours de vie et des ressentis simples face à des situations plutôt usuelles pour la personne queer socialement perçue comme cisgenre et binaire la majorité du temp. Et sans doute que ne sera pas simple tout le temps. Mais pour l’instant, cela se tient plutôt bien sur les 12 dernier mois. Alors que tout aurait pu se casser la gueule très vite.

Le plus déconcertant, c’est que tout s’est fait naturellement. Alors que pour tant d’autre c’est le drama et le dawa complet au bout de deux relations simultanées. Et c’est ce que je dis souvent quand on se retrouve à parler polyamour : ce n’est pas pour tout le monde, et même quand on est concerné, il y a une question de timing de vie, de moment de soi, qui est essentielle. J’étais prêt·e, sans doute. A lâcher prise, clairement.

Et ça me réussit.

Du coup, cette année, c’est ma première Cinq Valentins ! (Et, pour la sonorité uniquement, exceptionnellement, pas d’écriture inclusive)

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