La mort vous va si bien

Il m’a fallu du temps pour aimer lire. Jusqu’à l’âge de 10 ans environs, je ne lisais que des bandes dessinées. Au grand dam de ma mère qui s’en alarmait, considérant que les bédés étaient des enfantillages littéraires, sans doute. Pis, j’avais dans ma fratrie un bookworm tel qu’on était obligé de lui rappeler qu’on ne lit pas à table ou quand on est sensé partager un moment avec d’autres, la différence entre nous n’en était que plus flagrante. Et puis un jour, repérant mon goût pour le fantastique au détour d’une discussion, quelqu’un m’a suggèré de lire le Seigneur des Anneaux.

« Tu vas voir, ça va forcément te plaire. »

24h plus tard, à la librairie, je demandais à la dame si elle avait ça en rayon. Et elle me dirigeait vers une édition de poche de la Communauté de l’Anneau qui faisait 500 pages au bas mot, pas l’ombre du cul d’une image à l’horizon, avant de me montrer les deux autres tomes. Plus épais encore.  Un tiers inquiète, un tiers dubitative, tiers narquoise, ma mère m’a balancé : « Mais tu vas lire TOUT ça ? T’es sûr ? » J’admettrai avec le recul avoir eu un léger moment de doute. Mais après tout, le conseil était donné par la première personne à avoir pris le temps de cerner mes goût littéraire avant de me suggérer un bouquin, contrairement à ma mère qui m’achetait des bouquins sans que je ne demande rien, dans l’idée que je les lise parce qu’elle avait le goût universel sans doute. Alors j’ai répondu crânement « Ben, oui. Je mettrais juste du temps ! » Et à cet instant là, je l’évaluais en mois, ce temps. Fort d’un teasing entretenu pendant ma lecture par la personne me l’ayant conseillé, j’ai dévoré le premier tome en une semaine, j’ai acheté dans la foulée les deux autres tomes et en un mois j’avais avalé le Seigneur des Anneaux. Ma mère en était bouche bée. J’ai ensuite avalé toute l’œuvre fantastique Tolkiennesque dans les mois qui ont suivi. Ce type a éveillé en moi le goût de la lecture, confirmé mon goût pour le fantastique, et m’a appris d’une part que quand j’aime un auteur, bordel, je l’aime beaucoup, et, enfin, qu’un bon auteur est un auteur mort.

Un auteur mort, déjà, tu peux être sûr que tu vas réussir à lire toute son œuvre publiée. Tu sais où l’oeuvre commence, tu sais où elle finit. T’as pas l’angoisse qu’il meurt avant d’avoir publié la fin. (George R.R. Martin, si tu nous lis. Bisous.) En outre, si ses ayant droits publient ensuite, tu peux éventuellement faire l’impasse dessus, notamment si ce n’est pas juste le travail original de l’auteur que tu aimes ou adules. Bon quand t’es ravagé d’un univers, ça marche pas et tu lis tout ce qui s’y rapporte et parfois t’es ravi (Christopher Tolkien, forever in my heart, quel respect pour l’oeuvre paternelle) et d’autres fois t’es déçu parce que c’est fait avec médiocrité (Brian Herbert rends l’argent). Et oui je suis aussi ravagé de LoTR que je le suis de Dune. Vous vous rendez même pas compte mais si Dune m’avait touché un peu moins, vous seriez sur le Frodo Blog à l’heure actuelle. Deux salles, deux ambiances.

Un auteur mort, ensuite, ce qu’il y a de bien, c’est que tu peux plus l’accuser de sortir des sequels, des prequels, des extensions de son univers plus ou moins justifiées, plus ou moins pertinentes,et des adaptations cinématographiques qui ressemblent de plus en plus à du gros foutage de gueule. Et là je pense à un autre univers en plusieurs dont je suis fan mais qui d’années en années, à coups de baguette magique, est devenu une espèce de mascarade marketing sans nom. Au départ y a une série de bouquins fort sympathiques, bien écrits, ma foi (Sauf le tome 6 qui aurait dû s’appeler Harry Potter et les Hormones Toutes Emmêlées) et une belle histoire personnelle pour l’auteur que son oeuvre  a sortie de la précarité. Et puis y a les films. Si visuellement rien à dire, en terme d’adaptation c’est de plus en plus la merde intégrale. Les trois derniers, si t’as pas lu les livres tu captes COUILLE, même en ayant vu les autres films. Et puis il y a eu le merchandising, es jeux vidéos merdeux, le parc d’attraction dédié aux USA, le site Pottermore, et, le pompon de la pomponette : la sous franchise « Fantastic Beasts » qui après un premier opus, « mouais, okay » nous a livré un deuxième volet clairement à chier scénaristiquement. Pour les bouquins j’ai toujours dit : vas-y Jo, prends mon argent. Pour les films, j’ai grincé de dents sur les trois derniers. Pour tout le reste, j’ai déclaré forfait, j’ai resquillé à chaque fois que j’ai voulu avoir un aperçu. Greedy bitch.

Et puisqu’on parle de JK Rowling, l’autre avantage des auteurs morts, c’est qu’ils ne s’épanchent pas à longueur de temps sur les réseaux sociaux, sur des sujets qu’iels ne maîtrisent pas. Parce que le fait qu’ils soient connus et largement suivis, fait que leur ignorance, leur refus à la reconnaître ( au prétexte que « Je suis un auteur, je suis quelqu’un qui pense, moi, je suis quelqu’un qui réfléchi, moi, j’ai une opinion qui compte, je vais ester en justice contre vous, moi, parce que vous voulez me museler, moi, parce que je dis la vérité, moi, parce que vous êtes des êtres primaires alors que moi, moi, moi, moi, moi ») et à se taire pour prendre le temps d’écouter réellement et d’entendre les critiques qui leurs sont faites, font beaucoup de mal à des personnes qui n’ont pas besoin qu’on leur charge la barque plus qu’elle ne l’est déjà dans leur vie.
Comme d’autres j’avais jubilé quand elle avait confirmé ce que tous les pédés avaient compris en lisant le dernier tomes des aventures Potteriennes : Dumbledore était bien la folle dans laquelle on s’était reconnus. Mais quasiment à la même époque, j’avais lu des tweets d’elle sur les questions de genre où elle se fourvoyait allègrement et des gens le lui avaient signalés poliment, et à l’époque, elle s’était vaguement excusée reconnaissant ne pas être informée. Sauf qu’au fil des années, elle a remis le couvert, régulièrement, en étant de moins en moins conciliante quand on lui signale qu’elle se fourvoie et qu’on lui conseille des lectures de personnes expertes sur le sujet de la transidentité, pire lorsqu’elle s’est faite traitée de transphobe suite à son soutien ouvert aux TERF (Trans’ exclusive radical feminists : les féministes radical excluant les trans’ << une aberration pour qui lutte contre les inégalités de genre et de traitement en fonction des sexe, clairement. Et un essentialisme réducteur tellement ridicule…) elle a menacé d’attaquer en justice au prétexte qu’elle connaît des personnes en situation de transidentité…
#JeNeSuisPasRacisteJaiUnAmiNoirPlusNoirQueNoir #BendItLikeNadineMorano.
A gerber.

L’avantage des auteurs morts, c’est que vous pouvez, à la rigueur, leur trouver l’excuse de leur époque, d’un contexte, à leur xénophobie. Et je dis bien, à la rigueur. Vous n’oubliez pas, pendant que vous les lisez, de remettre l’œuvre dans cette époque, dans ce contexte, ou si elle ne transpire pas la xénophobie de son auteur, vous rappeler tout au long de la lecture de l’œuvre, ce que vous savez de l’auteur et de sa xénophobie et la relire avec ce filtre présent à l’esprit. Vous pouvez garder le bébé et jeter l’eau du bain, reconnaître le talent d’un côté et l’abject de l’autre, et faire l’économie de ne pas enrichir ses ayants-droits d’une part et de signaler à vos connaissances si elles peuvent se passer de la lecture dudit auteur problématique, notamment en lisant d’autres productions qui partageraient les qualités de celles de dudit auteurs sans ses défauts.

L’auteur vivant, iel, vous prend à rebours, vous floue du plaisir et de l’admiration que vous aviez pour son oeuvre et éventuellement sa personne a posteriori, plus encore que celui qui tire simplement sur la vache à lait, et, bien pire, participe à l’échelle de sa notoriété à nuire au quotidien de personnes qui se démènent pour essayer de vivre décemment leur vérité au quotidien, dans une société qui nient ce qu’iels sont. C’est exactement ce que fait Rowling depuis des mois. Et c’est inacceptable. Vivement, qu’elle calanche.

Auteurs, artistes, personnalités qui exprimez des opinions, en particulier sur des sujets que vous ne maîtrisez pas, la mort vous va si bien.

 

Crédit image d’en-tête : La Mort Vous Va Si Bien (Universal Pictures)

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