Le bruit des bottes.

Dans un précédent article, j’indiquais à quel point la situation actuelle du monde en général, et de la France en particulier, d’autant que j’y vis en tant que personne queer et de gauche et que 60 ans après avoir mis sur la gueule aux nazis et aux fascistes en Europe, ben on est en train de leur rouvrir la porte, comme des dindes qui se réjouiraient à l’idée de fêter Noël ou des agneaux, la Pâques. J’indiquais comment mon désarroi intérieur, se traduit par la voix de Cersei Lannister qui jette sa dernière carte (A.K.A. La Montagne) et répond aux Moineaux venus la chercher pour comparaître devant le Grand Septon : « I chose violence ». Réponse insatisfaisante, mais lancinante.

Rien n’a changé en quelques jours, mais je vais copier ici un thread Twitter de l’utilisateur Greg Pogorzelski que j’ai apprécié de lire, pour ce qu’il confirme mon impression de bruit de bottes qui se rapproche, pour ce qu’il traduit de mon désarroi intérieur et pour les pistes qu’il m’apporte, et donc je l’espère à vous aussi. (Je remets très légèrement en forme pour une lecture facilitée, je ne change pas un mot.)

Thread :

« Toute cette merde ressemble de moins en moins à une bande d’imbéciles qui ne savent pas ce qu’ils font, et de plus en plus à une bande de fascistes qui jouent aux cons pour qu’on ne se méfie pas. Bon, après je dis pas qu’ils sont compétents mais le monde n’est pas une méritocratie.

Et bon qu’on se méfie pas, c’est un peu le principe du fascisme. Le Berlin Holocaust Memorial est merveilleux pour ça : d’énormes blocs très serrés entre lesquels tu te balades pour ressentir la claustrophobie d’être citoyen d’un État fasciste. Mais c’est pas le plus brillant.

Non, le plus brillant c’est que :
A/ Le sol se creuse imperceptiblement au fur et à mesure que tu approches du centre : au début, t’as la tête à l’air libre et peu à peu tu te retrouves emprisonné par le truc, et
B/ En en sortant, tu te rends compte que tu sais pas très bien quand le monument commence. En fait, des éléments du monument se trouvent hors de son enceinte, tout petits, cachés dans les trottoirs, commençant la métaphore avant même que tu le visites.

Le fascisme, on peut le décrire comme le moyen pour la dictature d’émerger d’une démocratie. C’est progressif et c’est discret fatalement. Aucun fasciste un brin efficace ne /commence/ par gueuler « ui bjr je suis fasciste ». Non, il commence par te dire « tkt je suis démocrate ».

C’est quand il devient indéboulonnable qu’un gouvernement fasciste peut enfin se lâcher un minimum. Quand tout est mis en place pour que l’opposition politique ferme bien sa gueule sinon on la défonce. Et pas métaphoriquement.

Mais bon tout ça je parie qu’on va s’en rappeler très vite, que « fasciste » c’est pas juste une insulte vide de sens. Que ça décrit une position et des stratégies politiques reconnaissables. En tout cas j’espère.

Y a même des gens qui l’ont combattu en face, en y laissant des phalanges ou d’autres organes, qui ont laissé des manuels pour expliquer de quoi se méfier et comment combattre. Les cahiers de prison de Gramsci ou les jours heureux du CNR sont assez édifiants

Parce que vous savez leurs conclusions en commun, chacun de leurs côtés ? On combat le fascisme par la solidarité sociale. Être dans la misère rend le fascisme séduisant, nous disent-ils. Que plus personne, alors, ne soit dans la misère. Économique, culturelle, affective.

Et moi de mon côté, j’arrive pas à me dire autre chose que : bon bah ça fait quarante ans qu’en terme de politique économie et sociale, en Europe, on fait tout le contraire On s’attendait à quoi

Tenez, encore quelqu’un qui a vu le fascisme en face, a fait son métier d’expliquer ce que veulent dire les choses et à quoi on les reconnait, et en parle : [Umberto Eco, 14 signaux pour reconnaître le fascisme]

Mais oui le fascisme est une arnaque. Vendre la dictature comme solution créative aux soucis d’une démocratie. Et la meilleure façon de se faire avoir, face à une arnaque en général, c’est de partir du principe qu’à vous, on vous la fait pas. C’est là qu’on cesse de se méfier.

Et quand je dis que c’est une arnaque je déconne pas. On vous présente ça comme le plus efficace des gouvernements, on se fait plus chier à faire des compromis, tout ça. Mais c’est quoi, historiquement, le vrai destin d’un gouvernement fasciste ?

En moyenne, 10-20 ans de misère économique et sociale pour sa population et ça se termine généralement par un chef d’état qui se suicide ou est littéralement mis en pièces par sa population. Y en a qui tiennent, mais ils sont rarissimes.

L’ennui c’est qu’entretemps, des gens sont morts, d’autres ont souffert et le pays en sort dans un état parfaitement dégueulasse Empêcher que ça arrive c’est pas plus mal. C’est chiant et c’est difficile mais c’est pas plus mal.

J’espère que ça vous fait un peu de bien. A moi, oui. Et je le consigne ici pour ne pas l’oublier. Et ne pas oublier d’agir. Parce qu’en tant que petit gros chétif, je n’irais pas loin avec l’option Cersei.

 

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