Dune (Mini-serie, SyFy, 2001)

Puisque j’ai (re*)parlé, il y a quelques jours, du film de Lynch en conseillant la mini-série de SyFy, il faut bien que je vous en (re*)parle plus avant aussi. En l’an 2000, la chaîne SyFy, à l’époque SciFi Channel, a entrepris d’adapter Dune, le premier volet du cycle de Frank Herbert, en une mini-série de trois épisodes, sortis en 2001. Un projet audacieux un peu plus de quinze ans après le fiasco Lynchien. La chaîne ayant changé deux ou trois fois de propriétaire depuis 1995, il s’agissait de montrer qu’on a de l’ambition même si on a moins de moyens qu’un gros studio. Et au final… Ben, c’est pas mal !

Le Pitch :

Le Duc Leto Atréides est nommé par l’Empereur-Padishah Shaddam IV comme gouverneur de la planète désertique Arrakis, communément appelée Dune, seule planète où est produite l’Epice, une substance aux vertus panacéennes. C’est un piège impérial, qui compte bien aider les Harkkonen à reprendre le contrôle de Dune et se débarrasser du Duc à l’influence grandissante au sein de l’Empire. Jessica Atréides, sa concubine, qui lui a donné, contre les ordres très clairs de sa sororité, le Bene Gesserit, un fils, le suit ainsi que ledit fils, Paul, totalement ignorant qu’il pourrait être, avec une génération d’avance, le fruit tant attendu du programme de sélection génétique du Bene Gesserit, le Kwisatz Haderach, l’homme doté de la prescience absolue, qu’un séjour prolongé sur Dune pourrait bien éveiller.**

Ma Critique :

Déjà, disposer de trois épisodes permet d’étaler la narration sur 4h25 de montage final et donc d’avoir le temps d’installer l’univers un peu plus proprement que la version cinématographique de 1984. Les personnages ne sont pas sortis d’un chapeau, on retrouve les moments importants du premier film, et, forcément pas mal de séquences supplémentaires qui permettent d’y voir un peu plus clair, et c’est pas plus mal, même quand on connaît le bouquin. Mieux, cette fois, la Voix et les techniques de combats liées au Prana-Bindu sont respectées et mis en scène de façon fidèle au bouquin. Détail amusant, Irulan sert à nouveau de voix off au début de la série, comme chez Lynch et de la même façon que des citations de ses chroniques historiques parsèment le roman, mais c’est la voix de Jessica qui conclue la série.

Le casting est correct : Alec Newman compose un Paul énergique, conscient de son rang de fils de duc, impétueux dans les premières séquences, qui gagne en prise de recul au fil de la narration tout en gagnant en résolution à mesure qu’il accepte de s’inscrire à la fois dans la prophétie Bene Gesserit du Kwisatz Haderach et de la prophétie Fremen (implanté voilà des millénaires par le Bene Gesserit), du Mahdi, l’homme providentiel, le Messie. Saskia Reeves est une Lady Jessica moins hiératique que celle de Lynch, mais plus proche de et plus attachée à Paul et Leto, ce qui colle plus avec le livre. William Hurt est un Duc Leto moins sexy que la version Barbue de chez Lynch, mais sa présence à l’écran est un peu étendue fonction de dirigeant d’une grande maison et d’intendant d’un domaine (Que ce soit Caladan ou Dune) sont aussi plus tangibles ici. Et les autres choix sont tout à fait appropriésaussi, de Ian McNiece en Baron Harkonnen, un peu plus pédé et moins repoussant, à Julie Cox en Irulan Corrino avec une réelle présence dans l’histoire, ou Barbara Kodetova en Chani (et pas juste la version plante verte de Sean Young) et Matt Keeslar en Feyd-Rautha bien cute mais bien vain. Il y a clairement surjeu, mais le premier volume du cylce de Dune s’y prête un peu, vu comment les grandes maisons, le Bene Gesserit et l’Empereur se la pètent un chouilla dans cette affaire.

Esthétiquement, c’est… particulier. Il y a une bonne partie des costumes -comme les coiffes du Bene Gesserit ou les tenues d’Irulan ou encore la dernière tenue de Paul, à la fin, très « Karate Kid »- et des décors -Le palais impérial de Kaitain- qui sont quand même bien kitsch. Mais attention, le kitsch qui a un peu les moyens de ses ambitions mais pas assez pour dépasser sa condition de kitsch un peu lol quand même, et un peu fini au scotch et à la colle U-HU. Mais on y sent tout autant l’hommage à Lynch que l’influence des costumes d’Amidala dans La Menace Fantôme sorti au tout début de la production de cette mini-série, mais avec nettement moins de budget qu’un George Lucas… Sauf qu’il y a un espèce de tout dans la direction artistique, qui unifie les choix tranchés pour chaque lieu/chaque maison, permettant comme chez Lynch de savoir tout de suite chez qui on se trouve et à qui on a affaire, ou de caractériser une scène de transe, une scène de combat, une scène de tension dramatique, notamment avec des choix d’éclairages avec des couleurs très marquées, de rouges, de verts et de bleus intenses pour certaines séquences. Et pour le coup, passée la surprise du premier épisode, on s’y fait carrément. Pire, malgré le kitsch et le budget moindre, ça passe carrément mieux que la version Lynch.

Les effets spéciaux sont quelque part entre Xena la Guerrière et Buffy saison 3/4 en terme de qualité, et les cgi, déjà bien spottables à l’époque, ont clairement vieillis, mais ils servent la narration sans prendre le pas dessus et c’est bien tout ce qu’on leur demande. Les yeux bleus des Fremen sont bien rendus, grâce à des lentilles à filtres réfléchissant les UV et la lumière noire pour une large partie des scènes, et du FX post prod autrement ; bon, et très brièvement ils sont oubliés, mais presque jamais sur les personnages qui captent l’attention à l’image, donc ça va. Il y a quelques faux raccords (L’ornithoptère qui change drastiquement de configuration pour ses réacteurs entre deux plans, le bidou de Jessica enceinte d’Alia est moins gros que juste avant entre deux séquences, mais franchement, ça passe crème. Ah et le Navigateur de la Guilde, même avec sa gueule d’alien de Roswell dépressif, ne ressemble pas à un furoncle au scrotum, et ça, ça… C’est quelque chose #InstantBrendaMontgomery. Même les matte paintings font moins pourris que tout le film de Lynch. Même si l’impression de péplum, présente chez Lynch, n’est clairement pas aussi forte ici.

Mais alors LE point fort de cette mini-série, c’est que sa bande son est vraiment bonne. Très bonne. Il y a du désert dedans. Et alors là, je suis obligé de le dire. A l’instar d’une vidéo Youtube où la qualité du son, de la diction et du récit pardonneront clairement un visuel tout juste correct, la bande son est ici un des éléments fort qui rattrape largement ce qui peut manquer au visuel, pourtant loin d’être pourri. D’ailleurs, je vous la mets ci dessous, vu qu’elle est sur YouTube, en intégrale. Je ne m’en lasse pas, 20 ans après. Enjoy.

Alors, certes, il lui manque un je ne sais quoi de cinématographique, de  grandiose, de finition, et de pognon sans doute, mais cette version est un soulagement par rapport à la version Lynch, tout ausi audacieuse visuellement avec un côté péplum en plus, mais terriblement confuse narrativement, à la limite du trip transcendental, prouvant que Lynch n’a clairement rien bité au livre qui est tout sauf un trip mégalomane… Kyle McLachlan campe un Paul qui ne doute pas de sa légitimité à prendre le pouvoir un instant et bois L’eau de la vie pour que la préscience lui montre le moyen de prendre ce pouvoir, comme un enfant, Alec Newman campe un Paul qui doute de sa légitimité à conduire les Fremen, quel que soit leur chemin, et bois l’Eau de la Vie pour mettre fin à ce doute, soit parce qu’il sera mort, soit parce que le simple fait qu’il ait surmonté l’Agonie de l’Epice, lui confèrera cette légitimité. Il ne réalise qu’après qu’il se retrouve obligé de s’inscrire soit dans la prophétie du Mahdi et libérer les Fremen en prenant le pouvoir, soit dans celle du Kwisatz Haderach et devenir l’outil du Bene Gesserit. Etre l’autorité ou le prisonnier d’une autorité. Dans tout les cas, prisonnier d’un destin qu’il a forcé. Et cette deuxième version est plus proche de celle du livre, nettement.

Donc si vous voulez une adaptation de Dune qui tienne la route, à voir, avant que le film de Denis Villeneuve ne sorte à la fin de cette année 2020, c’est sur cette mini-série qu’il vaut mieux miser. Autre avantage, non négligeable, elle a une suite, sortie en 2003, qui adapte Le Messie de Dune et Les Enfants de Dune et fait de nets progrès en qualité, mais je vous en reparlerai. Bref, si vous vous êtes pris une vieille claque avec le film de Lynch (que j’ai vu 3 fois en tout et pour tout), la mini-série, elle, est tout à fait plaisante à regarder et à re-regarder.

 

*Oui parce que j’avais dû en parler déjà, dans le passé, soit à la période Dotclear, chez Free, du blog, soit ici-même, mais ça a disparu dans les années où je pensais que je verrais jamais mes 40 ans.

Crédit image d’en-tête : détail du visuel intérieur de la jacquette du DVD de la mini-série

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Matoo dit :

    Il serait temps que je vois ce truc là !!! Tu sais à quel point j’aime le film de Lynch moi hein. 😀

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