Come to town

Alors que le Marais n’en finit plus de perdre son identité LGBTQI, et que certains nationalistes homophobes, nous suggèrent de quitter les lieux où nous ne sommes pas les bienvenu·e·s, je me prends, parfois, à rêver que la communauté LGBTQI ne se décide, un jour, à non plus être juste visible dans la cité, non plus à investir juste un quartier, mais à prendre possession de l’entièreté d’une municipalité. Espace géographique, administration et tutti quanti.

De la même façon qu’il est important d’avoir des lieux communautaires en mixité réduite avec les non-concernés ou en non mixité, pour pouvoir soufller, s’exprimer librement, et échanger sans voir sa parole silencée, on pourrait envisager cette ville comme un espace de liberté, un espace un peu plus safe, mais à une plus grande échelle que juste un bar, un local d’association, d’un quartier. Une métropole régionale aurait de la gueule, mais une ville de 20 000 habitants, ça aurait déjà bien de la gueule. Et il ne s’agit pas de fermer la ville aux non concernés, mais que le contrôle de la ville soit assuré par la communauté, en veillant à la diversité des représentations communautaire et en ne pensant la présence des hétéros-cis qu’en second lieu, en gros, ce que la société fait avec nous généralement.

Par exemple, toutes les campagnes de communications publiques choisiraient par défaut des personnes, des couples, des polycules, des familles LGBTQI en matière de représentation citoyennes, les passages piétons seraient arc-en-ciel partout, les bus argentés façon Priscilla… Les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence auraient pignon sur rue, toutes les congrégations  de croyant·e·s seraient des itérations LGBTQI-inclusives des religions dont elles se réclameraient, loin des thérapies de conversion, de la culpabilisation et de l’opprobre usuelle. Toutes les entreprises participeraient localement à un fond de dotation social pour accueillir, accompagner les jeunes LGBTQI en rupture familiale et sociale, les aider à se loger et à trouver un job/une formation et être autonomes.

Il y a aurait un quartier de la bricole, pour les goudous en chemise bûcheron, un quartier agricole, pour les pédales bobo-bio, un quartier de la nuit pour les accros du dance-floor, des quartiers avec des lieux en non-mixité périodique, pour pouvoir accompagner les personnes en situation de fragilité personnelle, évoquer les sujets de friction, et dire les malaises, pour mieux trouver des solutions pour le dehors et travailler à faire communauté ensemble. Les services publics seraient géré par la communauté trans’, pour que plus personne ne te fasse chier avec ton changement de prénom et les questions qu’on ne pose pas à son boulanger ou sa boulangère, sur ses miches ou la fermeté de sa baguette…

L’école mettrait l’accent sur des œuvres à fort sous-texte LGBTQI, des œuvres clairement ouvertes sur le sujet, et d’autres où il serait totalement au second plan, pour que les hétéros cis ne se sentent totalement pas largués. Chaque semaine de l’année serait consacrée à un sujet communautaire important : les droits des personnes trans’, la reconnaissance et l’encadrement du travail sexuel, le respect des personnes intersexes, l’accompagnement des personnes victimes de violence, apprendre à mettre sa colère au service de la communauté, mon voisin dit de la merde comment éviter le vouloir lui casser la gueule, le masquage/blocage sur les réseaux sociaux les dos & don’ts en la matière… Et la police, largement désarmée, serait formée à faire de la pédagogie et de la psychologie pour maintenir l’ordre, au lieu d’être là pour taper sur les gens… Et je suis sûr qu’il y a une foule de choses du quotidien qu’on pourrait réinventer totalement rien qu’en les pensant de façon inclusive…

Quand cette idée me revient dans la tête, je me dis qu’on pourrait faire mieux qu’une société cis-hétéronormée, qu’on penserait plus inclusif, qu’on serait moins racistes, qu’on serait plus à même d’imaginer des solutions de solidarité économique et sociale. Et puis après, je lis Twitter et je me rappelle qu’en devenant visibles, qu’en acquérant un peu plus de confort social, toutes lettres confondues, nous avons prouvé que réfléchissons aussi peu que les cis-hétéros (L’homonationalisme rampant, la transphobie intracommunautaire et le côté mascu fragile de pas mal de pédés sont affolants…) et que nous ne valons pas forcément mieux, pour faire communauté…

Mais, ni les xénophobes, ni les autres, ni même moi, ne pouvons empêcher mon cerveau, régulièrement, d’y rêver. Et d’espérer !

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