Le Parfum

Je ne suis pas Jean-Baptiste Grenouille. Je n’ai pas le nez absolu. Je ne crois pas non plus avoir un nez particulièrement pointu. Je sais si j’ai déjà senti une odeur ou pas, mais de là à la qualifier… Florale, fruitée, d’agrumes, musquée, piquante, sucrée, capiteuse à la rigueur mais j’admets volontiers être très largement un bleu-chatte (<< pourquoi toujours bleu-bite ?) en la matière. Il y a des odeurs qui me suivent dans ma vie et qui convoquent tout un tas de chose à mon esprit. Et puis il y a LE Parfum. Celui qui lorsqu’il titille mes narines, appelle à mes bas instincts. Avec raison.

Kane*, un mec de l’internat, au Lycée, l’a eu quelques mois après sa sortie, en 1995. Et soyons clair, je fantasmais déjà sur Kane depuis un an. Bon je fantasmais sur beaucoup de garçons, clairement, j’avais 15 ans et les hormones en ébullition. Mais Kane avait un truc vénéneux, des anneaux plein l’oreille (et en 1995, dans ce coin là, ils n’étaient pas légion) et une mèche. Et la midinette pucelle en moi n’avait besoin de rien d’autre. Et puis il s’est mis à sentir Le Parfum. Et c’est devenu terrible. Bon avec le recul, je ne comprends pas du tout ce que je lui trouvais, mais je me rappelle bien l’avoir ressenti et m’être copieusement paluché en pensant à lui.

Pas longtemps après, j’ai constaté qu’Oscar*, que j’avais eu comme mono en camp de voile deux ans avant (et en pensant à qui je m’étais déjà beaucoup, et tout aussi copieusement, paluché), lui aussi, embaumait ladite fragrance. Et comment vous dire. Autant Kane, je ne vois pas du tout ce qui m’a plus chez lui, mais alors je peux vous dire que 25 ans après, Oscar, je me vois CARREMENT, ce qui m’a plus chez lui. Je vous la fait rapidement : Grand, épaules larges, des yeux à tomber par terre, une moue boudeuse, un anneau à chaque oreille, des cheveux bruns à boucles larges et en bataille dans lesquelle t’aurait envie de choper pendant que…  BREF !!

Et puis je suis allé en fac. Premier appart. Et purée mon voisin, fan de rap, qu’il écoutait un peu trop fort d’ailleurs, qui passait son temps à moitié à poil et qui avait souvent besoin de sel, sans être pédé pour deux balles, d’ailleurs quand il a su il est nettement moins passé, le Damien*, bah il portait Le Parfum. Et autant vous dire que… #Humpf !

Fast forward l’année suivante. Je squatte la connexion d’une copine et le chat Wanadoo/Voilà (Salon #!Grand-Ouest! en 2000) je suis en mode Daffydd Thomas (la tenue en moins, hein) parce que j’ai l’impression d’être seul au monde (je vais découvrir le salon #Gay quelques temps plus tard), et là un mec me parle « salut, asv ? » « 19mVILLE et toi « 27mMÊMEVILLE » « T cmt ? » etc.  je demande assez vide « t’es gay ? » « non hétéro curieux, tu viens ? » j’y vais donc, au moment ou Christopher m’ouvre et… Mon premier plan cul, digne de ce nom, portait Le Parfum.

Quelques mois plus tard, Gaston*, un garçon avec qui j’ai chatté trois semaines en ligne, et dont je suis tombé éperdument amoureux et réciproquement (rendez vous compte on s’est envoyé des photos de nous ! via modem 36Ko !), viens me voir chez moi pour le week-end, mon premier boyfriend !! Je vais le chercher à la gare. Il porte Le Parfum.

Et puis j’ai acheté mon premier Têtu. Et dedans, un type un peu connu par son métier de faire mouiller les adolescentes hétéro et les adolescents sensibles en se trémoussant en playback sur de la musique pourrie, mettait sa plastique avantageuse au service de la publicité pour Le Parfum. Je m’étais déjà tellement paluché en pensant à lui que c’était finalement logique qu’il se retrouve associé au Parfum. Samuele Riva qui le remplacera à la campagne suivante plaira aussi beaucoup à mes yeux, mais n’aura pas les faveurs de mes séances d’autosatisfaction.

Le parfum s’est ensuite répandu dans la population et c’est avec délice que je l’ai laissé accrocher mes narines, encore, encore et encore, n’hésitant pas à me retourner plutôt deux fois qu’une pour voir qui le portait. Et le plus souvent, les garçons n’étaient pas vilains. Et j’ai peu à peu perdu le fil de mes rencontres avec Le Parfum. Mais il continue de titiller mes narines. Et de me renvoyer à tout un tas de moment plus ou moins chargés érotiquement. Je l’ai même porté pendant quelques mois, pour conjurer le sort, quand il est devenu mainstream.

Et puis en 2006, à Toulouse, j’ai couché à de multiples reprises avec Pascal* un très joli garçon un peu vain, mais qui aimait les petits gros, qui le portait, et Bruno*, qui ne le supportait pas, mais était un amant bien plus agréable, et un ami pendant plusieurs années, avant qu’on se perde de vue.

A Paris les années suivantes, j’ai croisé Le Parfum partout. Chez les pédés, chez les hétéros, au sauna, dans les backrooms, au bar, au restaurant, dans le métro, au boulot, au dodo. Un de mes meilleurs amants de l’époque parisienne, Souad*, une baraque de muscles de banlieue, qui n’avait rien contre un petit gros avec quelques talents cachés, le portait aussi… Sauf la première fois et la dernière… Etaussi  ce garçon,  Saïd, un dimanche soir, quand nous avons mélangé nos langues et d’autres parties de nos anatomies sur le quais d’une station de métro déserte… Et aussi Arthur*, les quatre fois où il m’a payé pour m’occuper de sa personne.

Trop peu subtil, trop m’as-tu-vu, trop cliché parce que sur-vendu parmi les gays, trop vulgaire parce que devenu populaire aussi chez les hétéros depuis des années… Le Parfum ponctue ma vie sexuelle depuis 25 ans. Dans toutes ses périodes. Dans toutes ses formes. Et il continue à me captiver le nez à chaque fois. Je ne le cherche jamais. Il me trouve. Il me capte et m’attire dans ses filet. Même l’année avant que je déménage à Rennes, un de mes plans culs réguliers, au fin fond de la Bretagne profonde, le portait… Et il y a deux ans, ce garçon qui m’avait invité chez lui, pour que nous jouions ensemble une soirée, encore. Punaise. 25 ans de sexe avec le Mâle de Gaultier.

*Les prénoms ont été changés, bien entendu.

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