TENET (2020)

C’est un peu l’événement cinématographique post confinement. Le nouveau Christopher Nolan, l’homme derrière Memento, derrière ce qui reste probablement la meilleure trilogie Batman à ce jour, derrière l’onirique Inception, l’âprement disputé Dunkirk, et l’astronomique Interstellar. Le film à voir si on ne doit aller qu’une fois au cinéma en cette période de coronavirus. La bande annonce était ce qu’il fallait de mystérieuse le héros semblant pris dans un truc qui le dépasse totalement, visuellement intrigante avec ces objets allant à rebours du flux temporel. Du coup quand le Duncan a proposé d’aller le voir cette semaine et que le Gaumont Charles de Gaulle-Liberté proposait une avant première, mardi soir, se terminant pile une demi-heure avant que je doive retourner servir l’hôtellerie restauration, on a sauté sur l’occaz.

Bon déjà, on était dans salle la plus grande du complexe avec les sièges larges inclinables avec repose pieds, le son THUD, euh, Dolby Surround et patati patata. Il y avait obligation d’un siège d’écart entre les gens qui étaient pas ensemble, mais y avait clairement pas foule et c’était plutôt 5 sièges du coup. Le Duncan a tombé masque pendant la séance, moi pas (mais avec le boulot je me suis tellement habitué à ce truc que l’autre jour je l’ai porté pendant 1h après être renté chez moi), et de nous deux c’est lui le toubib, hein.

Le Pitch :

Le protagoniste (on ne sait jamais son nom) participe à une opération de récupération en loucedé d’un container de plutonium caché à l’Opéra d’Oslo, alors que celui-ci est pris d’assaut par des types louches. Au cours de l’opération le plutonium se révèle ne pas être du plutonium, le protagoniste se fait gauler, se fait torturer, gobe une pilule suicide, et en fait de mourir, il se réveille et se fait recruter par une organisation qui tente d’empêcher la troisième guerre mondiale, mais pas une guerre entre des nations mais une guerre entre les générations futures et nous, qui n’en avons pas du tout conscience, sauf les membres de l’organisation. Cette guerre se fait par le truchement d’objets et de gens (mais avec quelques limitations qui font que c’est plus simple les objets) qui traversent le temps à reculons, au lieu de le suivre naturellement comme vous et moi. D’où par exemple la balle à reculons qui a failli niquer la gueule du protagoniste pendant l’opération à Oslo.

Ma Critique :

Nolan n’a pas peur de sortir des sentier battus et de considérer que tout spectateur a un cerveau et peut s’en servir. C’est même une de ses marques de fabrique de Memento à Tenet, en passant par Interstellar ou Inception. Bref, ici, on nous parle de théorie physique avancée, d’inversion de l’entropie, et de voyage dans le temps pour les objets, et, dans une moindre mesure, les individus et on le met en scène. Et là c’est bluffant. Déjà quand c’est que les objets qui se comportent comme s’il avançaient à l’envers dans le temps -dans une scène qui va elle dans le sens normal des choses, visuellement, y a le cerveau qui fait « Woot ?! ah ouais ok. Je vois. Punaise c’est chelou, mais ok. » et quand c’est les des personnages, là le cerveau fait « AAAAAH mais comment il bouge, lui là, c’est chelou grave !?! »

C’est bluffant. Et les trucs qu’on a la possibilité de voir dans les deux sens temporels au cours du film forcément font d’autant mouche au deuxième visionnage que Nolan est attentif à une foule de détails : les mouvements, quelle énergie cinétique de quel personnage, quel objets, dans quel sens temporel va-t-il et donc comment son énergie se propage-t-elle ? Etc. Du grand art. Et si c’est moins tape à l’oeil que Ariadne qui replie Paris sur lui-même dans Inception, c’est peut-être le côté insidieux (de la même façon que ce futur qui nous fait la guerre de façon insidieuse en prenant le temps littéralement à l’envers, en fait) avec lequel ça s’inscrit un peu partout dans le film qui est intéressant.

Les acteurs sont très bons, en inverse proportion de leur célébrité, du Protagoniste (avec une majuscule, il y a une raison mais allez voir le film pour comprendre), John David Washington (vu dans l’excellent BlackKlansman), aux second rôles Elizabeth Debicki (vue dans Gatsby Le Magnifique), Aaron Taylor-Johnson (KickAss 1 & 2, Godzilla, Avengers Age of Ultron), Robert Pattinson (Harry Potter et la Coupe de Feu, Twilight, Cosmopolis, The King), Sir Michael Caine (Batman, Kingsman, et j’en passe) qui lui n’a pas le temps d’être mauvais, tant son rôle est anecdotique,  Sir Kenneth Branagh (Frankenstein, Harry Potter et la Chambre des Secret, et j’en passe aussi, y en  a une tripotée) dont le rôle, pourtant bien campé par ailleurs, est légèrement plombé par son incapacité à se décider sur un accent russo-slave consistant et convainquant en VO. Non vraiment, je déconne, à part l’accent de Branagh, tout le monde y met tout son talent, et c’est plaisant.

Le rythme est bon, le film dure 2h30 et franchement je ne les ai pas senti passer, contrairement à Interstellar qui est certes très beau visuellement, mais qui m’a gonflé grave en longueur et en pignolade méta-physique pour finir sur un demi-cliché sur l’amour des siens à travers l’espace et le temps (RHAAAAAA !!!!). Pour peu que vous soyez dedans et que vous ne soyez pas totalement perdu par le fait que certains objets, certains personnages avancent à contretemps, et que du coup certaines séquences ne sont pas toujours ce dont on a l’impression, jusqu’à ce qu’on les revoie éventuellement du point de vue de celui qui va à contre-courant du temps, vous avez hâte de découdre le mystère de l’intrigue du film, et si vous êtes fin limier vous allez en voir une partie venir grosse comme un camion, comme dirait Annette #RéférenceDeVieux #ABproduction.

Mais alors qu’est ce qui ne va pas, me direz vous, bah y a pas grand chose qui merde grave à mon avis, sauf la dernière demie-heure. Pas tant dans l’intrigue, ça ça va, j’ai compris les tenants et les aboutissants, et ce qui se passe au final, mais y a toute une séquence où la narration visuelle m’a paumé par instant et j’ai trouvé ça assez désagréable. J’ai pas eu de problème avec le fait qu’on aperçoive plusieurs explosions dans un sens temporel d’abord puis du point de vue des persos qui vont dans l’autre sens temporel ensuite, etc. même si par endroits je ne sais pas forcément si je regarde les mecs qui vont dans le sens normal du temps ou l’autre. Mais y a un moment où t’as trois personnages qui se croisent dont deux simultanément dans les deux sens du temps, sans le savoir, et si j’ai bien compris ce qui se passe dans la séquence, j’ai trouvé que la narration visuelle partait en sucette, particulièrement là, pendant 5 ou 6 minutes et j’ai trouvé ça orchidovarioclaste !

Ensuite, y a les twist-reveals de la fin qui, certes, font sens, mais arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, compressés pour pas non plus faire péter les 3 heures de film, surtout quand on dénoué le gros enjeu du film à 2h20 Clairement, Nolan a cherché à s’éviter une fin en poupées russes façon le Seigneur des Anneaux (Les lecteurs des livres, genre moi, sont ravis les autres trouvent ça relou et long, quelle bande de gougnafiers). Alors oui, mais perso j’aurais apprécié 15 minutes de plus pour les rendre moins artificiels à mon goût. Je veux bien admettre que je chipote un peu, mais bordayl, c’est tellement dommage de m’avoir tenu au concept du film et de me décevoir sur 6 minutes de mauvais montage et des conclusions/reveals précipités…

Enfin, l’autre déception (surtout pour le Duncan, vu que moi j’ai découvert le bouzin grâce au film), c’est l’intégration du carré magique « Sator opera tenet arepo rotas », et ses sens multiples possibles, ésotériques ou non, dans le film. Au dela des lieux et des personnages reprenant ces mots à travers le film, Nolan aurait pu convoquer plus encore la symbolique du palindrome mystérieux qu’on retrouve à moults endroits en occident en dans l’orient ex-romain. J’ai un peu lu dessus, depuis mon visionnage du film, et il y avait matière à en faire un peu plus là dessus, effectivement. Mais je vais le re-regarder sans doute dans les mois qui viennent, pour voir si, en ayant connaissance du bouzin, maintenant, je vois d’autres choses dans le film, fort de ces lecture.

Si vous recherchez du grand spectacle à la Matrix ou à la Interstellar, passez votre chemin. Il y a certes des effets spéciaux très particuliers visuellement, mais on est pas dans le grandiloquent, même si vous ne pouvez pas rater les moments en question. Si vous cherchez du métaphysique, il y en a un peu, notamment autour de la question du paradoxe du grand-père, forcément, un futur qui cherche à exterminer le passé dont il est né, ça pose question, surtout quand ce futur en prend son parti qu’on peut jeter pépé avec l’eau -sale, je vous l’accorde- du bain. Je ne suis pas certain, en revanche que Tenet se révèle autant un « blockbuster » que Batman, Inception ou Interstellar. C’est un film moins consensuel que ça, un peu plus ardu quant au concept convoqué, même si traité de façon à le rendre le plus accessible possible, au détriment peut-être de la profondeur. Si j’ajoute à ça la précipitation de la fin, je dirais presque qu’à trop vouloir éviter les 3h de film, Nolan a un peu sabordé son film, et c’est regrettable, même s’il reste agréable à regarder, il se rate à un doigt d’être un « Objet Cinématographique ». Ce qu’Interstellar était par exemple, même si je l’ai trouvé chiant comme la pluie et inutilement cérébromasturbatoire. Tout ceci explique sans doute que les critiques ciné US soient dithyrambiques dessus (passé l’action, la fin vite, vite, et pas trop de réflexion, merci, surtout si visuellement on est pas dans Matrix ou Interstellar), et que les critiques francophones que j’ai lues soient plus circonspectes (François Forrestier de l’Obs étant presque aussi assassin que si c’était un nanar de la semaine XD).

Bref, allez le voir, pour vous faire une idée, d’une part, parce que je trouve quand même que c’est un bon film, malgré ses défauts (à mes yeux, encore une fois) et parce qu’il reste un film interpellant, et que l’une des fonctions de l’art, c’est d’interpeller. Et avec Nolan, de ce côté là, on est jamais vraiment déçu. Si je devais le noter je lui mettrais 4/5 avec ses défauts (sans il aurait pété le 5/5 sans soucis !)

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