The Great Hack (2019 Netflix)

Juste avant de regarder The Social Dilemma, j’ai regardé l’autre docu Netflix sur le scandale Cambridge Analytica. J’avais aussitôt pondu un article, que j’avais mis en publication programmée pour jeudi 15 octobre, et puis j’ai vu l’autre, et clairement, je me devais de vous parler de l’autre en priorité, et revoir un peu mon article sur The Great Hack a posteriori, avant de le publier.

Un peu de contexte :

EN 1990, Nigel Oakes, fort de son expérience dans l’audiovisuel, fonde le Behavioural Dynamics Institute pour faire de la recherche en stratégie de communication et comportements de masse. Trois ans plus tard, il fonde Strategic Communication Laboratories afin de tester de façon appliquée les résultats des recherches menées par le BDI pour changer les comportements de masse, de façon plus efficace que les campagnes publicitaires traditionnelles. Une entreprise largement financées par des donateurs issus du Parti Conservateur britannique. Après plusieurs succès initiaux en matière de stratégie globale de marque, l’entreprise s’est insérée dans le domaine militaire : campagnes de désinformations, ciblage d’électeurs. Selon son site web, SCL, a participé à plus de 25 opérations de politique internationale et campagnes électorales depuis 1994. Ce que les militaires désignent sous le terme générique « PsyOps ».

En 2013, forte de ses succès, elle fonde Cambridge Analytica, une filiale spécifiquement dédiée au management de campagnes électorales pour le compte de partis politiques, spécifiquement, des partis politiques de pays occidentaux. La firme reçoit de larges fonds de la part de Robert Mercer, un investisseur bien connu, et, un peu plus tard, de la part Steve Bannon, à l’époque en charge du site d’actu chouchou de l’extrême droite US, Breitbart News, ce qui vaut à ce dernier un poste de Vice-Président au sein de la boîte. La boîte est alors engagée par l’équipe de Ted Cruz pour préparer et manager sa campagne lors des primaires Républicaines aux USA. Cruz bon dernier dans les sondage initiaux, monte en première place et semble bien parti pour remporter la primaire, jusqu’à ce que soudain, Trump se présente, avec pour directeur de campagne nulle autre que Bannon…

La suite on la connaît, Trump gagne l’élection, le scandale Cambridge Analytica explose quelques mois plus tard. D’où viennent les données ? L’entreprise a-t-elle fraudé pour les obtenir ? Peut-on demander à avoir accès aux données cumulées ? La loi est-elle larguée en la matière ? Qui est responsable ? Qui devrait être responsable ? Peut-on encore avoir des élections libres dans le monde moderne connecté des réseaux sociaux ? Quels sont les tenants et aboutissants de cette affaire ? Est-on à l’abri maintenant que l’entreprise Cambridge Analytica est démantelée ? Le reportage touche des doigts toutes ces questions, en suivant essentiellement quatre personnes pendant plus d’un an de 2017 à fin 2018 : Christopher Wylie, un ex-employé de SCL, à l’origine des premières révélation de l’affaire, David Carroll, un professeur universitaire en média design, tentant d’obtenir l’accès aux 5000 points de données le concernant chez Cambridge Analytica, Carole Cadwalladr, une journaliste d’investigation pour The Observer et Brittany Kaiser, ancienne responsable du développement pour Cambridge Analytica, ex-humanitaire convertie au social ingeneering au sein de l’équipe de campagne digitale d’Obama, puis à sa version capitaliste et désormais en recherche de rédemption.

Mes deux centimes sur ce reportage :

L’ensemble fait froid dans le dos. Clairement. Parce que les parties se renvoient la balle : Facebook et SCL se défaussent sur Cambrige Analytica, laquelle se défausse sur les utilisateurs qui partagent spontanément leur données dès qu’on leur propose. Des personnes qu’on suit, la plus controversée est clairement Brittany Kaiser. La meuf est à l’origine de gauche (Obama), très à gauche (Humanitaire) pour les US, et se fait embobiner (du moins le dit-elle) par Alexander Nix (PDG de CA) au point de devenir un rouage essentiel de la campagne de Trump et se justifier en expliquant que pour elle c’était uniquement expérience sociale. Clairement, la meuf n’a pas plus de self respect qu’elle n’a de colonne vertébrale morale ou intellectuelle. Et c’en est affolant avec le recul (pendant qu’on regarde le reportage, tous le reste est tellement affolant, que ça, ça passe crème alors que ça ne devrait pas). Mais elle l’explique clairement : en 2008, après la campagne Obama, et la crise financière, elle s’est trouvée sans boulot, et c’est alors qu’elle a rencontré Alexander Nix, qui lui a proposé un job (en étant clair quand à son intérêt : « allons prendre un verre, que je vous saoule, et que je vous vole tous vos secrets » (sur la campagne digitale pour Obama, sur vous…)…

La gauche et son culte de la pauvreté relative, les gauchistes pauvre et son rapport problématique à l’argent quand elle se retrouve à en toucher beaucoup… Ce douloureux problème. Et ce n’est qu’un des trucs que le reportage effleure (là n’est pas le sujet principal, même si cela participe d’un tout), au delà de la question des données, de nos législateurs et nos législations totalement à la ramasse sur les questions liées à l’Internet 2.0 (les réseaux sociaux de base) alors les questions liées à l’Internet 3.0 (Le big data et le profilage de masse), n’en parlons pas. Les liens entre l’argent et l’extrême droite en toile de fond ne sont pas plus rassurants, et le reportage n’aborde pas cet aspect là (bien évidemment, ce n’est pas son sujet). Mais on se rend compte que sans frauder particulièrement les lois, juste en utilisant les vides juridiques, les disparités de législation entre les pays, n’importe qu’elle entreprise avec un peu d’expérience en profilage informatique peut peser dans la balance : à plus forte raison celles créées par des anciens de SCL et Cambridge Analytica après la dissolution de cette dernière suite au scandale qui porte son nom. Et clairement, depuis 2013, la droite de l’échiquier politico-économique et son aile droite en particulier, semblent s’y intéresser de prêt.

Quand on entend, au cours du reportage, que l’élection américaine pourrait s’être jouée à 70 000 personnes indécises dans trois des swing states qu’il a suffit de convaincre de façon détournée pour faire pencher la balance du côté Trump, c’est inquiétant. 210 000 personnes, rapporté à la population US inscrites sur les listes électorales en 2018, 153 millions, c’est à peine plus de 0.13% de la population concernée. Autant dire peanuts, et quand on voit à quel point la mort de 210 000 personnes pendant la crise du COVID en touche une sans faire bouger l’autre à l’ensemble de la droite US, les manipuler avec des fake news, c’est aussi perturbant pour eux que de lire un bouquin de Oui-Oui à leur enfant. Pire, on se rend compte que la Russie pourrait n’avoir que très peu agit en matière d’indications, en dehors d’avoir filé du pognon à la campagne Trump, via des donateurs conservateurs tous ce qu’il y a de plus américains, juste réacs tendance white supremacists.

Et je ne parle même pas du Brexit, que le reportage survole aussi, rapidement. Les anglais étant déjà majoritairement anti-UE bien avant que la question ne vienne sur le tapis, imbéciles bienheureux incultes, et ignorants des bienfait que leur apportait l’UE, et le rôle de Cambridge Analytica, a consisté ici à silencer la pédagogie et les discours rappelant ce que le Royaume-Uni devait à l’Europe, et l’incroyable opportunité pour l’économie britannique qu’était l’accès au plus grand marché de libre échange du monde, plus qu’à faire la promotion active des antis. Aujourd’hui les rosbifs sont tout juste en train de réaliser (4 ans après le vote) ce qu’ils ont perdu, alors que se rompent leurs derniers liens avec le continent et que non, il n’y aura AUCUN deal, et qu’ils s’acheminent vers une catastrophe économique et probablement une scission du Royaume-Uni… Bloody idiots. Merci Cambridge Analytica’

Peut-on encore avoir des élections libres, indépendantes avec une campagne juste et équilibrée dans un tel contexte ? Pas si sûr. Et je ne suis pas certain que le cri d’alarme de Carole Cadwalladr auprès des représentants de la Silicon Valley n’y change grand chose. (D’ailleurs suivez la sur Twitter, elle bosse toujours sur l’affaire et elle est passionnante).

J’espère que les équipes Biden ont une meilleure entreprise de type Cambridge Analytica à leur service que le camp d’en face, cette année. Parce que vu la dérive mussolinienne de Trump et les fourmillement de l’extrême droite US des dernières semaines, c’est même pas certain que ça suffise à sauver ce qu’il reste du rêve démocratique américain des pères fondateurs, tout poly immolé qu’il est sur l’autel du capitalisme. Vous avez Netflix ? Jetez vous donc sur ce reportage. (Sinon, j’ai un lien ! En VO non sous-titré, désolé·e !)

Si après avoir regardé celui-ci et The Social Dilemma, vous n’êtes toujours pas convaincu qu’il devient urgent de quitter Facebook et de réduire drastiquement vos usages sociaux en ligne, rien ne le fera -Et pour rappel : Facebook, c’est aussi Instagram, Whatsapp, Oculus VR, Giphy parmis celles qui sont les plus connues et les plus pervasives en terme d’usage sociaux…

Personnellement 2021 verra sans doute mon abandon de gmail, au profit de ProtonMail, et de Twitter, qui sont mes deux dernières concessions aux GAFAm et proches en la matière. J’évite déjà Chrome, Facebook et ses filiales et mon smartphone est désormais un numbphone, même si je souhaite accentuer encore sa numbness (mais pour ça il me faudra un peu d’assistance technique…)

Alors, tu préfères arrêter d’être manipulé par les algorithmes et les clients du grand capital, partisans de la ploutocratie, et retrouver un réel semblant de contrôle du monde qui t’entoure en devenant un acteur dynamique de la vie en société ? ou tu préfères rester un décérébré qui avale son newsfeed Facebook tous les jours, voué à la misère économique, sociale et sexuelle et à la dépression dans un monde où tu ne contrôle plus rien, surtout pas ta vie ? En ce qui me concerne, la question elle est vite répondue. Allez bisous !

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