A nos actes manqués

« Moi quand on me tend une grosse perche, je m’en saisi » lancé, avec un air gourmand et entendu,  a longtemps été une de mes phrases gimmick. Et puis, un jour, elle a perdu de sa saveur, sans que je ne mette tout à fait le doigt dessus au début. « Aux malentendus, aux mensonges, à nos silences, à tous ces moments que j’avais cru partager, Au phrases qu’on dit trop vite et sans trop y penser, à celles que je n’ai pas osées… A nos actes manqués ». Mais revenons 14 ans en arrière… Quand j’étais jeune. Et con.

En 2006, alors que je ne connaissais quasi personne en arrivant à Paris, je profitais de voir passer l’annonce de la prochaine soirée Gaymer, sur feu GayAttitude, pour m’inscrire. Une bonne occasion de rencontrer d’autres pédés, d’une part, dans une ambiance conviviale, d’autre part, et autrement que dans un bar, une boîte ou un sex-club, ce qui n’est pas négligeable quand ça n’est pas votre tasse de thé. Rendez-vous donc, un mardi soir d’octobre, une station sur la ligne 3.

Nous sommes 7 ou 8, en incluant notre hôte, Ogomemnon* de son pseudo, qui nous accueille pour cette soirée, dans son appartement, un petit T1, à Champerret. Comme c’est la coutume, chacun a apporté un truc à grignoter, et le maître de jeu a apporté en sus plusieurs jeux facile à prendre en main. Nous jouons donc ce soir là au Pictionnary, au Uno et finissons par plusieurs parties de Jungle Speed, qui est clairement le plus prisé des habitués, et je comprends vite pourquoi, tant on rit avec le jeu le plus simple de la soirée. Je me découvre rapidement des atomes crochus avec plusieurs des présents, dont Ogomemnon, *Martin à la ville.

Nous revenons plusieurs fois d’affiler jouer chez Martin, car la pièce principale de son appartement a l’avantage de pouvoir accueillir un joli groupe de joueur, comme nous l’étions le premier soir, même s’il est un peu excentré. Je ne vais même pas aux soirées Gaymer qui se tiennent chez les autres à cette période là. En outre, lui et moi discutons gentiment en parallèle. Je découvre un adorable geek de trois ou quatre ans mon aîné, avec un métier de geek, fan de culture japonaise, de jeux de mots pourris, de rétro-gaming, biberonné à Récré A2, à la japanimation, à la SF et l’HF, et qui ne cherche pas un canon télé/photogénique fashion ni un M. Muscle.

Au delà de nos centre d’intérêt communs, j’aime son apparence simple, classique et sans fioriture (à l’époque je ne suis pas encore passé par la case militance et j’ai des goûts pédéistiques très hétéro-normés et passe-partout).  J’ai bien compris que je ne lui déplaît pas non plus, tout en faisant bien mine de n’en avoir rien fait. Bref, une petite complicité s’installe au fil des semaines, oh, trois fois rien, hein, mais c’est un trois fois rien qui n’aurait pas besoin de grand chose de plus pour aller plus loin. Et à chaque nouvelle gaymer, je pars en bon dernier, nos discussions sur le pas de sa porte s’allongeant gentiment au fil du temps.

Un soir de janvier 2007, notre discussion traîne un peu trop, et je me retrouve comme un con, avec le métro fermé et pas de bus de nuit avant au moins deux heures et demie du matin. en devant marcher 15 minutes dans le froid jusqu’à l’arrêt. Il me propose de rester dormir chez lui et déplie le clic-clac, sous la mezzanine où se trouve son lit. Nous discutons un peu depuis nos couchages respectifs, puis le silence s’installe, signe qu’il est temps de dormir. Ou bien de tenter un va-tout, comme le fait Martin, en me signalant : « Si tu veux dormir plus confortablement, tu peux monter si tu veux ».

Alors, instant question rhétorique : la personne qui te plaît, avec qui tu as des discussions intéressantes ou toutes mignonnes ou complices depuis trois mois, au point que la soirée jeux n’est plus qu’un prétexte à être chez elle une fois par semaine, qui t’invite ouvertement à partager son lit, certes, moins ouvertement, mais éventuellement, à lui faire des poutous et toucher son tra-la-la si tu veux, question rhétorique, on est d’accord, lect·eur·rice·rx, que tu te poses pas de question et tu y vas, hein ? Et moi aussi, en temps normal. Pire, jusque là dans ma vie, je ne me suis guère embarrassé d’attendre aussi longtemps pour toucher le tra-la-la d’un garçon avec qui il y avait la moindre petite tension sexuelle dans ma vie…

Mais va savoir,  pourquoi, ce soir là, après trois mois de soirées jeux, d’échanges bienséants, et d’une tension sexuelle qui n’a jamais dit son nom, j’ai eu peur de passer pour une salope (Si, si, si. 🤦🏼‍♂️ < surtout si tu me connais un peu) et, je te le donne en mille lecteur, j’ai répondu « Nan, mais je ronfle comme une locomotive, je vais rester en bas ». Véridique. Et pas uniquement le fait que je ronfle comme une locomotive. Incapable de rattraper le coup ensuite, je vais arrêter d’aller aux soirées jeux chez lui, et de lui parler progressivement. De toute façon, cette année là, à chaque fois que la vie va tenter de me dire un truc à demi-mots, je vais essayer d’être plus malin qu’elle et me vautrer lamentablement, amoureusement en janvier, politiquement en mai et professionnellement en décembre. Comme quoi, quand ça veut pas… Et 2007, c’était pas mon année. D’ailleurs, tout le quinquennat Sarkozy, c’était vraiment pas ma période. Parfois, je me demande à quel point mes années parisiennes auraient été changées si j’étais monté sur cette mezzanine…

Et Martin, me direz vous ? Après être sorti plusieurs années avec un petit geek du même genre que moi, mais sans doute un peu moins à côté de ses pompes dans la vie que moi à l’époque, il a continué son chemin. Il vit toujours de ses compétences de geek, au Japon maintenant. A Tokyo. J’espère sincèrement qu’il est heureux.

*Bien entendu, le pseudonyme et le prénom ont été changés…

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