Blood on the Dancefloor

Avant-propos : je tiens à préciser que je vais bien, je n’ai été blessé ni physiquement ni mentalement, j’en ai vu d’autres en 40 ans de vie, et j’ai déjà raconté tout ce qui suit 6 ou 7 fois avec bien plus de détails, sordides, entre autres, mais pas que.

Samedi soir, en arrivant au travail, j’ai salué ma collègue qui finissait sa première journée en soli-solo derrière le desk de la réception, je lui ai demandé comment s’était passée sa journée, elle m’a raconté les deux ou trois écueils rencontré et comment elle avait géré, et puis on s’est mis à faire la caisse de transmission.

On vient tout juste de commencer que j’entends la porte coulissante de l’entrée s’ouvrir. Je jette un oeil, et je vois un type rentrer dans le hall de façon un peu précipitée, en titubant. « Fais chier. Une gueule saoule. » ai-je pensé subrepticement. Mode Mia Frye ON : « Happy face ! » et je luis adresse mon usuel, « Bonsoir, qu’est-ce que je peux faire pour vous, monsieur ? » sauf qu’en même temps que je le dis et qu’il vient s’affaler contre les placards de la réception, je réalise que le mec a la tronche en sang. « Appelez les secours s’il vous plaît » « Tout de suite, monsieur »

J’ai à peine le temps de saisir le combiné du téléphone que deux autres types rentre à ses trousses, visages dissimulés, et pas juste avec un masque sanitaire. Le mec se cache derrière moi et je me retrouve entre lui et un des deux gars,  pendant que l’autre fait le tour du bar attenant au bureau de réception pour l’attraper à revers. « Je vais vous demander de sortir messieurs, ceci est une propriété privée, et vous n’êtes pas les bienvenus » réflexe professionnel de faire appel à la raison des importuns avant d’opter pour toute autre solution, inutile évidemment.

La décharge d’adrénaline fait fonctionner le cerveau à plein régime, en mode bullet time ou Flash time ou Quicksilver time, je vois que le mec devant moi a un engin contondant à la main droite et me fait signe genre « pousse toi » de la main, mais ne me pousse pas lui-même, pas plus qu’il n’a l’intention de me violenter moi pour accéder et casser la gueule à sa cible dans mon dos. Clairement, sa violence n’est pas dirigé une seule fraction de seconde vers moi, et je ne risque rien si je ne bouge pas de là où je suis, ni ne tente d’interaction autre qu’orale. Fine by me. La tension qui était montée en moi retombe presque aussi sec.

Le bruit de verres qui se brisent sur le barme ramène dans la rapidité du moment, je me retourne, le premier gars est en train de se cogner avec celui qui l’a pris a revers. Une partie des verres sur l’étagère inférieure du bar ont volé, j’ai un coup d’oeil inquiet pour les bouteilles au dessus, et la crainte qu’une d’elle serve d’arme par destination, avec perte pour l’hôtel (Sens des priorités : Hermione Granger, première année à Poudlard, tu vois.), mais non, aucun des deux ne les calculera jamais.

Le premier gars s’effondre au sol, l’autre lui colle quatre ou cinq coup de tatanes dans le buffet et se barre en courant. Comme je recule pour ne pas lui marcher dessus alors qu’il se tortille dans mes pieds, le deuxième agresseur se faufile entre moi et le bureau d’accueil pour aller le tataner aussi deux ou trois fois et lui asséner plusieurs coup à la tête de son engin contondant, le blessant plusieurs fois, puis se barre en courant à la suite de son complice.

La victime bouge encore mais baigne dans son sang. « Vous m’entendez, monsieur » « hon, hon », je le mets en PLS. Pendant ce temps là, ma collègue s’était cachée dans la réserve, avec la caisse, le sans fil .Je la trouve terrée entre deux étagères le téléphone à l’oreille « Je suis en panique totale, je sais pas quoi faire » « t’as appelé la police ? » « Oui, mais je suis en attente » « Passe moi le combiné » le préposé décroche juste à ce moment là. je lui indique la situation, il m’envoie quelqu’un, j’appelle les pompiers dans la foulée, ils m’envoient une équipe aussi et me rebalance sur le Samu qui évalue l’état de la victime.

Je maintiens le gars en PLS tout en appelant ma chef « On a un mec dans une mare de sang, la police et les pompier arrivent, viendez aussi ! ». Ma collègue est toute retournée, dans l’arrière bureau de la réception, tu m’étonnes, sacrée fin de premier jour en solo. Je demande ponctuellement au gars s’il m’entend, pour m’assurer qu’il est conscient. J’ai encore des arrivées ce soir, c’est pas le moment qu’il calenche là et que l’endroit deviennent une scène de crime, bordel ! (Sens des priorités : Hermione Granger, première année, épisode 2).

La police arrive, les pompiers sur les talons. Le mec est pris en charge, son pronostic vital n’est pas engagé a priori, ouf. Quand ma boss arrive. Les pompiers et les flics lui cachent totalement la scène depuis l’entrée. Ce n’est qu’en se plaçant à l’autre bout du bar qu’elle a un premier aperçu de la situation et manque de tourner de l’oeil. Perso, ça va. J’ai bien dissocié pendant l’événement et le stress est retombé pas mal quand j’ai compris que je n’étais pas, moi, en danger, avant de s’évanouir une fois les pompiers sur place et le pronostic vital sauf de la victime confirmé. J’admets que mon calme et ma capacité à faire de l’humour sur la situation peut désarçonner ma cheffe et ma jeune collègue sur le moment. On en a reparlé depuis, elle savent maintenant que j’en ai vu d’autres et de quel type.

Pendant tout le temps où les pompiers étaient là, trois chambres sont passées en réception. « Oui, alors je vais vous inviter à rejoindre votre chambre chambre, parce que là y a eu un petit souci, voilà le numéro ou m’appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit ». J’ai aussi eu une arrivée, qu’il a fallu tirer par la manche jusqu’en salle de restauration pour instaurer un relation un peu normalisée… Et là le flic me fait : « Vous venez avec nous au poste pour témoigner ? »

Moi : « Ah non, je crois pas, non »
Lui : « Bah pourquoi ? »
Moi : « Ben parce que ma collègue qui vient avec vous, là pour témoigner, elle finissait la journée, moi je suis sensé faire la nuit, là »
Lui : « Et y a personne pour vous remplacer ? » se tournant vers ma cheffe pour confirmation, laquelle fait non de la tête.
Moi : « Clairement, non. Mais je vais venir demain matin, en sortant du boulot.  Vous avez fini de prendre des photos ? On peut nettoyer ? Parce que j’ai encore des arrivées ce soir moi. » (Sens des priorités : Hermione Granger, première année, épisode 3)

Après quelques tergiversations, il nous a donné le feu vert pour tout nettoyer. Balayer les bouts de verre à travers toute la réception, dont certains ont volé jusqu’en salle de restauration, aspirer le duvet de canard qui tournicote un peu partout, issu de la doudoune de la victime que les pompiers ont découpée, nettoyer le sang par terre, sur les portes de placart de la réception, les écrans d’affichages, le bureau de réception, les terminaux bancaires, le bar…

Moi : « Ah je crois que j’ai trouvé un morceau de dent »
Cheffe : « Oh non ! »
Moi : « Ah si, si, regardez ! »
Cheffe : « Beurk., je vais faire un malaise, avec tout ce sang »
Moi : « Nan mais occupez vous du verre, je m’occupe du sang. » (Mode Dexter Morgan ON)

Le lendemain, comme prévue j’allais déposer mon témoignage au commissariat central. Le soir-même, deux heures après l’événement, en revanche, mes dernières arrivées du n’en ont rien su  !

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Matoo dit :

    Eh bien petit chou, bravo pour ton sang froid et tes réflexes !!!! YOU ROCK!!!!

    1. Leto dit :

      J’en suis toujours étonné moi-même !

  2. Laurent dit :

    J’ai vécu quelques situations plus ou moins similaires, sanglantes et/ou violentes. Je n’en menais pas large, même s’il s’agissait de sauver les meubles, les apparences et les clients présents. Bravo pour le sang-froid et pour le récit qui permet aussi d’évacuer le trop-plein d’émotions.

    1. Leto dit :

      Heureusement, aucun client ne s’est pointé en réception pendant l’agression. Bon les quelques chambres qui sont passés pendant que les pompiers étaient sur place ont eu un rapide aperçu des dégâts, mais au moins tout le monde était en sécurité, effectivement !

      Concernant les émotions, ce qui m’épate c’est à quel point je n’au pas eu ce sentiment de trop plein, justement. Dès que j’ai compris que j’étais pas en danger, après c’était surtout de la gestion de priorités : appeler la police, les pompiers, ma cheffe, s’assurer que la victime reste en PLS et est consciente.

      Moi qui transpire rapidement d’habitude en situation de stress, là, rien. Matoo parle de sang froid dans son commentaire, ben c’est exactement ça, pour la première fois de ma vie je me suis retrouvé en situation de sang-froid. Ben c’est chelou, mais dammit, c’est pratique !

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