« Pédé pour rien »

« Si quand les nègres sont persécutés, tu ne te sens pas nègre,
Si quand les femmes sont méprisées, ou les ouvriers, tu ne te sens pas femme ou ouvrier,
Alors, toute ta vie, tu auras été un pédé pour rien. »

Jean Genet (a priori in L’Enfant Sauvage)

J’aime beaucoup cette citation, parce qu’elle dit tout ce qu’il y a à comprendre de l’intersectionnalité des luttes. On pourrait élargir aux personnes trans’, aux personnes handis, aux personnes autistes etc. L’empathie ne peut pas être à deux vitesses, et même si on peut soi-même ne pas être en permanence à 100% en train de relayer les revendications et agir de façon intersectionnelle, en avoir le désir au coeur et la conscience quand on réfléchit aux problèmes de sociétés et à l’organisation des luttes, est essentiel. On peut être avant tout l’avocat de sa propre cause, mais la penser en terme d’intersectionnalité, permet de l’envisager radicalement différemment.

Et attention, les babys militants : être intersectionnel, ce n’est pas une course à l’échalotte de « on va mettre en porte parole la personne la plus polydiscriminée » (Déjà parce que c’est pas forcément lui rendre service que de la mettre en lumière, alors qu’elle en prend DEJA plein la gueule au quotidien et va en prendre ENCORE plus dans la gueule en étant survisibilisée) ou « Je suis plus légitime parce que plus discriminé·e » parce que oui, votre expérience de la discrimination est légitime, mais elle ne fait pas de vous l’alpha et l’oméga de l’action politique, ou d’une militance efficace, tout au plus, cela fait de vous une énième illustration de pourquoi, il faut agir, mais en rien un mode d’emploi ou une feuille de route ou l’action elle-même et encore moins de votre point de vue une parole d’évangile. L’intersectionnalité c’est bien avant tout « comment notre mouvement pense, s’organise, agit par et pour de tou·te·s·x et s’interroge calmement en continu sur les biais hérités de la culture majoritaire comme de ceux pouvant être induit par de la branlette pseudo-intellectuelle » et ça, ça requiert parfois un peu de bouteille militante, pas mal de lectures pas toujours évidentes, et de ne pas s’arrêter à certaines formulations, et accepter de décaler son point de vue ou de le voir décalé par la lecture qu’on fait, quitte à relire son propre vécu différement. Pas toujours simple. Mais enrichissant. Toujours.

Je sais que j’avais posté cette citation, sur ce blog avant le grand ménage de 2015, et le fait qu’elle soit ressortie moult fois depuis dans ma vie et encore récemment, je me devais de l’y remettre. Dont acte.

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